Activité physique et cancer (par Xavier Blaizot, coordonnateur du réseau ONCO Basse-Normandie) :

 

L’activité physique a de nombreux effets bénéfiques sur la santé, et est notamment associée à une diminution du risque des cancers comme le cancer du côlon ou encore le cancer du sein. Le bénéfice de l’activité physique après le diagnostic de certains cancers a également été démontré dans plusieurs domaines. La pratique d’activités physiques d’une partie de la population française étant insuffisante, il est donc important d’un point de vue de santé publique d’inciter les personnes peu actives à favoriser cette pratique.

 

Impact sur la survie

D’après l’INCa, on constate, pour le cancer du sein, une réduction du risque de mortalité globale de 18 % et de 41 % pour une activité physique pratiquée respectivement avant et après le diagnostic. Cette dernière a donc un impact sur le développement et la récurrence de la tumeur, en diminuant par exemple le risque de rechute de 50%. Cependant, il est nécessaire d’adapter le programme d’activité physique au type de cancer en question. L’activité physique améliore les chances de survie, diminue le risque de récidive et améliore la qualité de vie, notamment en contribuant à lutter contre la sédentarité et l’obésité, qui représentent entre autres des risques de survenue de cancer. La Revue de la littérature sur études de cohortes montre une diminution du risque d’environ (avec effet dose-réponse): 30% à 50% pour le Cancer du côlon, 25% pour le Cancer du sein (accentué après ménopause), 30% pour le Cancer de l’endomètre.

 

Impact sur la fatigue

La fatigue est l’un des principaux signes liés au cancer et ses traitements (chimiothérapies entre autres). Elle touche environ 80 % des patients tout au long de la prise en charge.

Cette fatigue correspond à une sensation subjective de lassitude anormale, sans cause immédiate, non améliorée par le repos. Le terme se réfère donc à la fatigue physique, psychologique et cognitive, et est associé à une inactivité, un manque d’énergie.

Ses causes sont variables : effets directs de la maladie, effets secondaires des traitements, douleur, dénutrition, anémie, déprime…

A l’heure actuelle, aucun traitement médicamenteux ne s’est avéré aussi efficace que l’activité physique en terme de réduction de la fatigue.

Globalement, quel que soit le moment de la prise en charge et le stade de la tumeur, on constate grâce à la pratique d’une activité physique, une diminution d’environ 36% du taux de fatigue, y compris pendant les traitements (diminution de 18%) et à distance des traitements (diminution de 37 %).

Pour être efficace sur la fatigue, une activité physique d’environ une heure par semaine (à intensité élevée) est requise. Cependant, il est nécessaire de prendre en compte l’état de fatigue du patient avant de prescrire un programme d’activité physique efficace.

 

Impact sur la qualité de vie

Pendant le traitement, il est fréquent de voir les patients souffrir de nombreux effets physiques et psychologiques indésirables, liés directement au cancer et à son traitement. Leur qualité de vie est ainsi très souvent dégradée. Afin de remédier à cela, tout en réduisant notamment les effets négatifs liés à la maladie, l’activité physique est souvent conseillée. Cette dernière va permettre l’amélioration et le maintien des capacités physiques et psychologiques et donc globalement de la qualité de vie. De plus, une activité physique régulière permettra un retour au travail plus rapide. D’après un récent rapport de l’INCa, une activité physique d’intensité faible à modérée pendant et après le traitement du cancer améliore la qualité de vie notamment en diminuant l’anxiété et les symptômes dépressifs, en améliorant la qualité du sommeil, l’image de soi-même ou encore le bien-être corporel. Ces effets positifs sur la qualité de vie sont retrouvés pour tous types de cancers, même si actuellement le plus étudié est le cancer du sein.

 

Impact sur la psychologie

En lien étroit avec l’amélioration de la qualité de vie, il est possible d’affirmer que l’activité physique joue également un rôle très important en terme d’impact psychologique. En effet, on constate grâce à l’activité physique, une réduction significative des symptômes dépressifs ainsi qu’une amélioration de son image corporelle. L’activité physique (notamment en groupe) va permettre au patient de se changer les idées, de sortir du contexte de la maladie et des traitements avec un impact social très positif. Il retrouvera une certaine forme de conscience de son corps, et sentira petit à petit les effets du programme d’activité physique, ce qui ne peut qu’être encourageant. De plus, la diminution de l’anxiété liée à la pratique agira également sur l’amélioration de la qualité du sommeil.

 

Quelles activités physiques pour quel public ?

Pour les patients atteints de cancer, le type d’activité physique mis en place dépendra avant tout du niveau de pratique initial de la personne. Selon ce niveau, souvent établi lors d’un bilan physique initial, l’éducateur verra s’il se trouve dans une logique de reconditionnement ou d’entrainement à l’effort. Le programme étant intégré dans une logique thérapeutique individualisé, il parait normal que ce dernier soit avant tout centré sur le patient, et sur lui seul. Le programme individualisé prend en compte la personne (à travers ses capacités physiques, ses préférences en matière d’exercice, son état psychologique ou encore ses attentes), mais surtout la maladie (stade évolutif, traitements suivis etc…) ainsi que l’environnement (humain et technique). Le but de cette activité physique est donc d’accompagner le patient afin que celui-ci parvienne à l’inscrire dans ses habitudes de vie et dans son projet de soin. L’activité physique adaptée vise par conséquent à rendre le patient autonome, afin que cette pratique puisse s’inscrire dans la durée.

Dans le cadre du cancer, il sera donc préconisé de pratiquer des activités à dominantes aérobie, telles que la marche, la gymnastique ou encore le vélo. L’activité se devra donc d’être progressive, d’une intensité modérée à soutenue, et ce en fonction du niveau physique initial du patient et de son déconditionnement éventuel. Il sera privilégié au départ des séances de 10 à 20 minutes, pour se diriger ensuite vers des séances plus longues, d’une durée effectives de 40 à 60 minutes, auxquelles devra s’ajouter l’échauffement (environ 15 minutes),  ainsi que les temps de repos et de détente après chaque exercice. Pour être efficace, la pratique physique doit être régulière, une continuité doit être instaurée car les bénéfices s’estompent à l’arrêt de la pratique. Le patient devra en théorie suivre entre deux et cinq séances encadrées par semaine. De plus, il faut noter que des effets d’autant plus positifs seront observés si l’activité physique est maintenue pendant plus de six mois.